C’est une histoire presqu’ordinaire mais qui aura tourné au cauchemar. Le Journal de Montréalla résume comme suit : « Des migrants arrivés à un poste frontalier canadien pour y déposer une demande d’asile ont été renvoyés aux États-Unis, où ils sont emprisonnés avant d’être renvoyés dans leur pays d’origine ».

Ils sont au nombre de 16, parmi eux des Mexicains et surtout 11 haïtiens. Cette précision non moins importante est fournie par Nadège Jean-Mardy, directrice de l’Action d’entraide multifonctionnelle (ADEM) qui a confirmé avoir rencontré ces immigrants à la prison américaine de Plattsburgh, au nord de l’État de New York et à 40 km de la frontière canadienne.

« Contrairement à des milliers de migrants, principalement des Haïtiens, qui passent illégalement au Canada par un sentier forestier, ces migrants ont voulu emprunter la voie légale comme les autorités canadiennes les y encouragent », explique madame Jean-Mardy.

En réalité, comme le titre Radio-Canada, ces « Haïtiens [sont] pris au piège » d’avoir pris Justin Trudeau au mot, quand il a déclaré sur Twitter que le Canada est prêt à acceuillir à bras ouvert ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre.


«Ils se sont présentés au poste frontalier régulier après avoir entendu le Premier ministre» Justin Trudeau, a justifié, Nadège Jean-Mardy.

« Mais en passant par un poste frontalier, les migrants tombent sous le coup de l’entente canado-américaine sur les tiers pays sûrs, datant de 2004, et qui stipule qu’une personne demandant l’asile doit déposer sa demande dans le premier pays où elle entre, soit le Canada ou les États-Unis » explique le Journal de Montréal.

En principe, ces réfugiés auraient dû faire leur demande d’asile d’abord auprès des Etats-Unis, là où ils proviennent. Maintenant qu’ils sont incarnés, « ils sont désespérés, démunis, traumatisés. Ils ont perdu leurs repères », regrette Nadège Jean-Mardy qui sert aussi d’interprète auprès des avocats américains. Leur sort sera peut-être pire encore, car selon l’avocat spécialisé en Immigration Stéphane Handfield, c’est l’expulsion qui l’attend.

Mais dans la société canadienne, certaines voix s’élèvent pour décrier « l’entente des tiers pays sûrs » et réclamer la libération de ces réfugiés détenus, comme celle de Carole Poirier, porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration et de communautés culturelles, qui fait une plaidoirie volontiers dans Radio-Canada : « Il faut que le gouvernement du Québec demande de façon expresse la suspension de l’entente et faire en sorte que ces personnes-là, qui actuellement sont détenues dans des prisons aux États-Unis, puissent déposer leur demande dans les plus brefs délais. »

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