La mission des Nations unies présente en Haïti depuis plus de 13 ans a été officiellement close jeudi, alors que le pays connaît un regain de tensions socio-politiques.

La fin de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) a été symboliquement marquée par la descente du drapeau onusien sur la principale base militaire de l’organisation, en présence des représentants des autorités nationales et des diplomates étrangers.

« Il reste encore beaucoup à faire pour qu’Haïti atteigne la stabilité et le développement durable auxquels tous et chacun aspirent », a tenu à souligner Sandra Honoré, qui a dirigé la Minustah ces quatre dernières années.

La mission avait été déployée en 2004 après le départ du président Jean-Bertrand Aristide pour aider à endiguer la violence notamment dans la capitale Port-au-Prince. Mais elle n’a jamais su gagner la confiance des Haïtiens.

Elle a toujours été perçue comme une armée d’occupation par les nombreux partisans de l’ancien président.

La colère à l’égard de ces forces internationales s’est accentuée au fil des scandales révélant des crimes sexuels perpétrés dans le pays par son personnel.

La réputation de la mission s’est encore ternie après octobre 2010, lorsqu’une épidémie de choléra a été introduite dans le pays par des Casques bleus népalais, causant la mort de plus de 10.000 Haïtiens.

Sept ans après le début de l’épidémie, les programmes de lutte contre le choléra sont encore sous-financés: seuls 20% des fonds nécessaires pour l’année 2018 ont pour l’heure été trouvés, a annoncé l’Unicef à l’AFP.

Malgré ces difficultés et le nombre croissant de victimes, le président haïtien n’a fait qu’évoquer le nom de l’épidémie dans un court discours.

« Puisse la coopération internationale dans cette nouvelle ère continuer à accompagner la République d’Haïti directement à travers ses institutions républicaines, afin d’éliminer le choléra et d’atteindre à l’horizon 2030 les objectifs du développement durable », a déclaré Jovenel Moïse.

Pendant 13 ans, la Minustah a eu pour mandat d’aider Haïti à retrouver une stabilité socio-politique tout en formant les policiers nationaux. Néanmoins, la cérémonie signant la fin de cette mission s’est tenue quelques heures après une nouvelle manifestation houleuse dans la capitale.

Des des tirs ont visé le cortège d’opposants, réduit à quelques centaines suite à cette attaque.

L’opposition proteste depuis près d’un mois contre le budget de l’administration Moïse, jugeant cette loi de finance défavorable aux plus pauvres.

« La loi nous donne le droit de manifester mais pourtant on a bien remarqué qu’on était la cible des balles et les policiers qui étaient présents n’ont pas bougé pour tenter de faire une arrestation », s’insurge Emmanuel Jean, un des manifestants.

Au lendemain du départ de la Minustah, la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (Minujusth) va prendre le relais pour continuer la formation de la police haïtienne.

Cette nouvelle mission comptera au total 1.275 policiers étrangers et est destinée à être graduellement réduite, sur deux ans.

(©AFP /

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